La vieille maison

Ce nest quune
maison, tout juste une chaumière.
Une glycine bleue court
sur la vieille pierre.
Des roses, des lilas
fleurissent aux beaux jours,
Et des bouquets de buis se
dressent tout autour.
On voit devant la porte un
vieux banc vermoulu.
Mais depuis bien
longtemps, nul ne sy assoit plus.
Personne ne vient plus
tirer le seau rouillé
Du puits abandonné sous
novembre mouillé.
Le jardin envahi par
lortie qui le cerne
Ne donne que chiendent,
folle avoine, luzerne.
Un volet claque au vent
quand le vent est en rage.
La grille en fer forgé
qui grince sous lorage
A depuis bien longtemps
perdu gonds et verrous.
Du temps quelle
vivait, vous en souvenez-vous,
La maison résonnait de
rires et de chants.
Quelle est triste à
présent, sous les soleils couchants.
Naguère, dans la cour, si
jai bonne mémoire,
Accrochée au tilleul
pendait la balançoire.
Souvent, dans la soirée,
sous le ciel des étés,
De joyeux cris
denfants, par le vent apportés,
Disaient assez combien les
gens étaient heureux
Dans la maison modeste,
avec ses volets bleus.
Mais le temps a passé,
mais le temps sest enfui.
Les enfants ont grandi,
chacun deux est parti
Pour aller vivre ailleurs,
au pays dà côté,
Et dans lhumble
maison, seul laïeul est resté,
Qui a vécu un peu, et
puis sest endormi,
Tout doux, tout doucement,
un soir de mai joli.
Prisonnière depuis de la
ronde qui croche,
La maison aux yeux clos
est là, comme un reproche.
Mais jespère
pourtant quà la belle saison,
Le bonheur reviendra dans
la vieille maison.
Alors, les soirs
dété, nous entendrons souvent,
De joyeux cris
denfants, apportés par le vent.
Renée Jeanne Mignard