La vieille maison

(Renée-Jeanne Mignard)

 

 

La maison fermée, A.D.

 

 

Ce n’est qu’une maison, tout juste une chaumière.

Une glycine bleue court sur la vieille pierre.

Des roses, des lilas fleurissent aux beaux jours,

Et des bouquets de buis se dressent tout autour.

On voit devant la porte un vieux banc vermoulu.

Mais depuis bien longtemps, nul ne s’y assoit plus.

Personne ne vient plus tirer le seau rouillé

Du puits abandonné sous novembre mouillé.

 

Le jardin envahi par l’ortie qui le cerne

Ne donne que chiendent, folle avoine, luzerne.

Un volet claque au vent quand le vent est en rage.

La grille en fer forgé qui grince sous l’orage

A depuis bien longtemps perdu gonds et verrous.

Du temps qu’elle vivait, vous en souvenez-vous,

La maison résonnait de rires et de chants.

Qu’elle est triste à présent, sous les soleils couchants.

 

Naguère, dans la cour, si j’ai bonne mémoire,

Accrochée au tilleul pendait la balançoire.

Souvent, dans la soirée, sous le ciel des étés,

De joyeux cris d’enfants, par le vent apportés,

Disaient assez combien les gens étaient heureux

Dans la maison modeste, avec ses volets bleus.

 

Mais le temps a passé, mais le temps s’est enfui.

Les enfants ont grandi, chacun d’eux est parti

Pour aller vivre ailleurs, au pays d’à côté,

Et dans l’humble maison, seul l’aïeul est resté,

Qui a vécu un peu, et puis s’est endormi,

Tout doux, tout doucement, un soir de mai joli.

 

Prisonnière depuis de la ronde qui croche,

La maison aux yeux clos est là, comme un reproche.

Mais j’espère pourtant qu’à la belle saison,

Le bonheur reviendra dans la vieille maison.

Alors, les soirs d’été, nous entendrons souvent,

De joyeux cris d’enfants, apportés par le vent.

 

                            Renée Jeanne Mignard

 

 

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